Interview

Lieven CARRON

Responsable Export à Gènes Diffusion

Le testage à l'étranger

Jesther, Marcel Red, Dawson, Odixy, etc… Tous ces illustres taureaux font désormais partie du paysage de la génétique holstein française. Mais les taureaux Gènes Diffusion ne s'illustrent pas uniquement dans l'hexagone. Certains font même des carrières étonnantes en Europe. Lieven Carron (Responsable Export à Gènes Diffusion) nous explique une spécificité du travail de la coopérative douaisienne : le testage à l'étranger. Explications…

Lieven Carron

Lieven CARRON, Responsable Export à Gènes Diffusion

Cheptel vache

Elargir le cheptel vache malgré les quotas laitiers.

Taureaux en attente d'index

Taureaux en attente d'index.

Réunion d'information en Pologne

Réunion d'information en Pologne, pays-partenaire le plus récent de Gènes Diffusion. GENES DIFFUSION

Etable polonaise

De nombreuses étables polonaises sont au dessus du seuil des 8000 Kilos de lait.

Jorrielake

Jorrielake, très apprécié en Europe de l'est

Jesther

Jesther doit une partie de sa notoriété à la République Tchèque.

Dawson

Dawson, issu d'un partenariat avec l'UNOG-URCECOF et CRI.

Marcel Red

De très bons index en République Tchèque et en France pour Marcel Red.

Taureaux hébergés en Pologne

Présentation de Pen-Col Freedom Fighter (Jocko Besne x Pen-Col Bellwood Famous), un des taureaux hébergés en Pologne.

Lieven Carron, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Lieven CARRON : Après des études universitaires de vétérinaire et de marketing, je suis entré dans le milieu professionnel des produits pharmaceutiques avant d'intégrer une société d'aliments en Belgique en tant que Responsable Planning Vaches Laitières. C'est en 1989 que je suis arrivé chez Gènes Diffusion. Aujourd'hui, je suis Coordinateur Holstein à l'étranger pour Gènes Diffusion Holstein et aussi Manager Export Génétique Holstein.

Pouvez-vous nous faire un historique du testage à l'étranger ? Pourquoi et comment Gènes Diffusion en est arrivé là ?

LC : L'arrivée des quotas laitiers en Europe, combinée aux progrès de la génétique, a provoqué une réduction importante du cheptel bovin, réduisant par la même occasion le potentiel de testage des unités de sélection. Donc, si on voulait maintenir notre schéma de sélection, voire même l'élargir, il fallait que l'on trouve d'autres populations de vaches en dehors de notre propre zone.

Pour cela, nous avions trois possibilités.

La première : établir un partenariat en France avec d'autres coopératives, mais cela avait déjà été fait pour Gènes Diffusion Holstein avec les Ardennes, la Vendée, les Charentes, la Charente Maritime, Ted 16…

Deuxième possibilité : s'associer avec une autre unité sur un programme franco-américain. Ce fut le cas en 1993 avec la mise en place d'un partenariat avec l'UNOG-URCECOF sur un programme de testage parallèle en France et aux Etats-Unis.

Troisième possibilité : tester nos taureaux à l'étranger en créant notre propre schéma de sélection dans certains pays européens et essayer, par l'intermédiaire d'un programme de testage, d'élargir notre cheptel vache. Mais pour ce faire, il faut des filiales, il faut des gens là-bas, convaincre les éleveurs, etc... Ce sont des démarches assez fastidieuses et coûteuses. C'est vrai qu'au début, nous avons essayé de faire comme ça. Mais, après quelques années, nous avons vu qu'il y avait d'autres possibilités de partenariat et de collaboration.

Nous avons découvert, avec une bonne approche de l'Europe centrale, que des possibilités s'offraient à nous. Nous voulions tester à l'étranger pour pouvoir maintenir notre programme de sélection, voire l'augmenter, mais sans investir beaucoup plus. Nous savions que notre force c'était la haute valeur génétique de nos taureaux. Par contre, dans les pays d'Europe centrale, ils voulaient survivre. Ils étaient envahis d'importateurs de génétique qui voulaient vendre directement aux éleveurs mais sans investir dans un programme de testage dans leur pays. Les éleveurs de ces pays cherchaient le moyen de s'éloigner le plus vite possible de leur ancien système de testage sur les mères et pères à taureaux locaux. Ils voulaient s'intégrer dans un programme génétique international de haut de gamme. De plus, les CIA locaux étaient obligés d'investir dans une réorganisation de la totalité de leurs structures. C'est à dire, partir d'une structure ancienne vers un système très moderne, capable de s'opposer aux importateurs de génétiques, omniprésents chez eux. Aujourd'hui, nous nous trouvons avec plusieurs partenariats qui fonctionnent très bien et qui ont donné des résultats. Tout le monde est content de la situation actuelle, aussi bien les partenaires que nous mêmes.

Quel(s) intérêt(s) au niveau génétique propre ?

LC : L'internationalisation de notre programme génétique Holstein présente trois intérêts. Le premier, c'est, par exemple, quand nos partenaires testent chez eux nos taureaux. Ils importent, aussi, la semence de nos taureaux testés chez eux de ce fait. Dans un deuxième temps, grâce à Interbull, nous pouvons, de temps en temps, mettre un taureau testé ailleurs dans notre catalogue en France pour nos adhérents.

Pour le troisième intérêt, il faut savoir que le but des élevages n'est pas le même dans chaque pays. Si l'on prend l'exemple d'un éleveur slovaque en cours de "Holsteinisation", son objectif est de passer le plus rapidement possible de 3000 - 4000 litres par vache par an à 8000 - 9000 litres ! Cet éleveur là n'est pas, ou moins, intéressé par un taureau qui ne donne que 500 Kilos de lait avec un + en TB et en TP. Il est plutôt intéressé par un taureau avec 2000 Kilos en lait, même s'il est négatif en TB et TP mais bon en morphologie et qui lui garantit, le plus vite possible, la production et l'amélioration morphologique. C'est pour ça que, par exemple, des lignées comme Bellwood, moins appréciées par des éleveurs producteurs en Europe Occidentale, sont appréciées là-bas. Un taureau comme Jorrielake, très bon en morphologie chez nous avec beaucoup de lait, n'a pas été beaucoup utilisé, ici, en France. En revanche, des dizaines de milliers de doses ont été utilisées là-bas. Non seulement, nos partenaires testent pour nous, mais en même temps, quand on a un taureau qui leur plaît, ils en font la promotion dans leur catalogue comme s'il s'agissait de leur propre taureau.

Nous arrivons à gérer la totalité du programme GDH autant en France qu'à l'étranger avec un minimum de personnes nécessaires. Aujourd'hui, nous tournons avec Arie Knol, Sire Analyst, qui travaille 50% de son temps pour le schéma de sélection et le reste pour l'export, moi-même à plein temps, Monsieur Koerhuis en Hollande à plein temps et c'est tout. Ces chiffres sont à comparer avec ceux des importateurs génétiques du monde entier, qui travaillent avec 14 - 15 personnes pour l'export, avec les frais énormes que cela suppose. Dans le monde actuel de la génétique, il est prouvé que ce n'est pas tout de suite la bonne solution. Il faut avoir un coût fixe le plus petit possible pour pouvoir limiter, dans les moments plus difficiles, les frais.

Quels sont les taureaux issus de ces types de partenariat ?

LC : Au début, nous ne nous sommes pas jetés à l'eau brutalement sans savoir si elle était chaude, tiède ou froide ! Nous avons quand même testé un peu, parallèlement, des taureaux en France et à l'étranger. Ce fut le cas de taureaux tels que Jesther (NDLR : Voir l'histoire de Jesther, en annexe de cette interview), Jumping ou Marcel Red. Puis très vite, nous avons eu confiance en certains pays et dans ce cas là, nous avons pratiqué le testage unilatéral. C'est ce que l'on a fait avec l'Allemagne, conduisant à la sortie d'un taureau comme Monza. Le taureau le plus récent de notre catalogue issu d'un testage à l'étranger c'est Odixy. Il a été testé en Thuringe avec LTR en Allemagne.

Et Dawson ?

LC : Non, avec Dawson, il faut rester très correct. Le contrat que nous avons avec les Américains a été initié par l'UNOG-URCECOF. Ils étaient intéressés par la possibilité d'avoir un partenaire complémentaire en France, c'est pourquoi ils nous ont proposé de rentrer dans leur contrat de testage avec les Américains. C'est grâce à cela que nous avons accès aux doses de Dawson et de Cadet.

Les index des pays étrangers sont-ils tous fiables ?

LC : Il faut quand même que les pays avec lesquels nous avons des partenariats de testage aient un index fiable. Aujourd'hui, nous avons totalement confiance aux pays avec lesquels nous testons. Prenons l'exemple de la Hollande. Nous testons une dizaine, voire une quinzaine de taureaux en Hollande chaque année. Les Hollandais ont déjà vendu pas mal de doses en France et inversement. La corrélation entre les deux pays est très bonne, ce sont des pays qui ont adhéré à Interbull presque dès le début. Donc là, ce n'est pas la peine de faire du testage en parallèle, nous avons commencé tout de suite par du testage unilatéral.

En Allemagne, nous avions un peu plus de doutes, surtout pour l'Allemagne de l'Est. Nous avons donc commencé par du testage en parallèle sur des taureaux comme Ilius et Heliaque. Ce sont des taureaux qui ont eu de bons index en Allemagne de l'Est et qui ont été très utilisés là-bas. Ils ont aussi été utilisés à l'export car leur index Interbull n'était pas mauvais non plus. En France, ils n'ont pas eu le succès escompté car, paradoxalement, leur index français n'était pas au même niveau que ceux obtenus en Allemagne. Néanmoins, il y a eu des cas qui nous ont donné satisfaction comme le taureau Ganwind. Beaucoup de taureaux qui ont été testés aussi bien en Allemagne de l'Est et de l'Ouest ont eu des bons index comparables. C'est ce qui nous a convaincu de faire aussi du testage unilatéral des deux côtés de ce pays.

En ce qui concerne la République Tchèque, plusieurs facteurs jouaient en leur faveur. Des taureaux comme Jesther, Jumping ou Marcel qui ont eu des index aussi bons en France que là-bas. Les génisses Prim'Holstein qui ont été exportées dans ce pays, avec une base forte de génétique française importée par voie maternelle, tous ces éléments nous ont vite décidé de faire du testage unilatéral avec notre partenaire là-bas. En Slovaquie, en revanche, le testage est toujours en parallèle parce que ce pays n'a pas encore fait ses preuves avec Interbull.

Par contre, avec la Pologne - qui sont nos partenaires de testage les plus récents - nous avons commencé en testage unilatéral. Leur système d'indexation est très proche de celui utilisé en Allemagne de l'Est et en République tchèque. Mais c'est surtout un marché énorme : 3 millions et demi de vaches laitières ! C'est très grand. Le jour où vous sortez un taureau là-bas, il a intérêt d'être un bon donneur de semence pour fournir tout le monde ! S'il est dans le top polonais, il peut être utilisé par les Polonais à une échelle de 50 000 à 100 000 doses par an ! Ajoutez à cela qu'il doit aussi fournir les partenaires étrangers. Donc ça ne sert à rien de tester dans les deux pays. Sinon, on risque de rentrer dans un conflit de disponibilités de doses et c'est absolument ce que l'on veut éviter ! Notre leitmotiv depuis toujours, c'est de pouvoir offrir des taureaux de haute valeur génétique à nos adhérents en priorité ! Dans le contrat, c'est bien stipulé. Si un taureau sort très fort en Pologne, il sera bien sûr utilisé chez eux mais la majorité des doses ira en France pour nos adhérents.

Comment fonctionnent les partenariats ? Quels sont les différents accords possibles ? Et quels en sont les avantages ?

LC : Il y a des points que nous devons respecter. Economiques bien sûr, mais aussi sanitaires. Les dernières années nous l'ont démontré : avec la dioxine en Belgique, la fièvre aphteuse en Angleterre, l'ESB en Europe, tout ça nous a poussé à la réflexion qu'il ne fallait peut-être pas mettre tous ses œufs dans le même panier. C'est pourquoi nous avons éparpillé un petit peu. C'est comme ça que nos partenaires à l'étranger qui ont des capacités de 30, voire de 60 taureaux, testent les animaux unilatéralement. L'index sortant chez eux, ils ont intérêt à avoir le taureau dans leur pays. Mais sous condition que celui-ci puisse, un jour, rentrer en France.

Le fait d'avoir des taureaux chez eux est économiquement et sanitairement plus avantageux. Mais une chose est sûre, le taureau reste la propriété de GDH.

Demain, quel autre pays peut devenir partenaire ?

LC : Demain, si on trouve encore un pays avec lequel on pourrait collaborer de la même façon que nous avons fait ces dernières années, nous n'hésiterons pas. Mais pas avec n'importe quel pays. Si, par exemple, un centre d'insémination en Chine veut faire un partenariat avec nous pour faire du testage, nous allons quand même y réfléchir sérieusement avant de nous engager. La Chine n'ayant pas encore adhéré à Interbull, le niveau sanitaire étant différent, tout ça nous pousserait à être vigilant. Nous ne ferons pas n'importe quoi quand même ! Le partenaire avec lequel nous travaillons doit être capable de nous fournir une certaine sécurité.

Et aux Etats-Unis, Gènes Diffusion vend des doses ?

LC : Oui, tout à fait, mais il faut savoir que les Etats-Unis, aujourd'hui, c'est un marché très particulier. Le marché est un peu victime de la manière de vivre des américains. Les uns concurrencent les autres et la valeur du marché est énormément tombée. Encore aujourd'hui, ils demandent jusqu'à 3 fois plus cher à l'export que chez eux. Mais, ils commencent à sentir que la génétique européenne les rattrape. Vendre à un tarif concurrentiel chez eux n'a pas grand intérêt, sauf si vous avez le partenaire idéal là-bas et un volume de doses conséquent.

Aujourd'hui, avoir 2-3 taureaux français dans le top 100 américain est un exploit. Il y a encore 5-6 ans, on en comptait une petite quinzaine. Les conversions Interbull n'ont pas évolué dans le bon sens entre la France et les Etats-Unis. Jesther est dans le top 100. Mais c'est surtout grâce à ses filles…en République Tchèque. Les Tchèques ont un système plus proche des Etats-Unis que nous.

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